Intuition spirituelle de la chapelle des sportifs
Introduction du Père Nicolas Troussel
Dans l’Ancien Testament, la main du Seigneur conduit Ezechiel* par l’esprit au milieu d’une vallée. Dans sa vision, Ezechiel n’est pas extérieur, spectateur, il est introduit dans la vallée et même sommé de prophétiser sur ces ossements. « Tu leur diras : ossements desséchés, écoutez la Parole du Seigneur. Ainsi parle le Seigneur à ces ossements. Voici que je vais faire entrer en vous l’esprit et vous vivrez… » (Ez 37, 4-5) Ezechiel devient l’acteur principal de la vision, il prophétise et les ossements reprennent vie…
Plus tard, dans le Nouveau Testament, le Christ apparait ressuscité aux disciples pour les introduire dans son « univers », leur communiquer sa propre Vie et les rendre participant de sa mission « Allez de toutes les nations… »
Cette expérience “immersive” est aussi l’enjeu de cette chapelle, nous introduire depuis l’enthousiasme sportif sympathique mais ambigüe et souvent idolâtre, dans l’expérience du ressuscité qui nous accompagne dans notre “marathon vers le ciel”…
Les vitrines qui exposent des dons de sportifs ne sont pas des ex-voto* mais le témoignage de leur reconnaissance envers Holy Games, « l’aumônerie des sportifs ». Elles devraient plutôt être exposées sur le parvis… elles représentent toutefois ce passage de la reconnaissance amicale à une mise en route…
Dans le couloir vers la chapelle, le bruit du monde se transforme petit à petit en question et en témoignage : que cherches-tu ? Vraiment ? Qui cherches-tu ?
QUI CHERCHES-TU ?
C’est cette question qui est posée dans la chapelle au footballeur et au rugbyman, avec en arrière-fond l’évocation d’une chapelle ou de la cathédrale : que vises-tu ? Quelle est ta véritable quête ?… Cette intuition de l’Atelier Felicita de jouer sur un 1er plan et un arrière-plan est reprise dans chaque scène, obligeant une interprétation, un déplacement
L’APPEL d’ABRAHAM (Genèse 12, 1-9)
Si nous acceptons de demeurer en ce lieu, nous sommes immergés dans ce marathon vers le ciel qui commence avec l’appel d’Abraham, « va, quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père, va vers le pays que je t’indiquerai ». Abraham, notre père dans la foi, écoute l’appel et risque sa réponse, il part sans savoir où, il part sans avoir encore bien compris la promesse « je ferai de toi un grand peuple », mais il fait confiance… il lui faudra beaucoup de temps, de questionnements, d’erreurs aussi pour comprendre que Dieu l’appelait lui et sa femme Sarah. Il lui faudra beaucoup de confiance et d’audace pour croire les trois hommes, les trois anges, Dieu lui-même, le visiter et lui promettre que de sa femme stérile naîtra une descendance aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel. Tout commence par le don de la foi dans notre marathon vers le ciel, Dieu donne des gages de sa bonté et de sa bénédiction mais il nous faut risquer la confiance, l’aventure…
Dès la réponse à l’appel, dès le cap retrouvé, Abraham découvrira ses fuites, ses peurs, ses incompréhensions. Là commence le combat spirituel : Va-t-il continuer à faire confiance alors que la Promesse semble tarder ? Va- t-il entrer dans l’Alliance avec Dieu, jusqu’au bout… jusqu’à obéir à Dieu qui semble lui demander d’offrir son propre fils, son unique, le dépositaire de la Promesse ? Plus tard, l’épître aux hébreux dira qu’Abraham a dû apprendre à croire en la puissance de résurrection de Dieu (He 11,17-19).
Le combat de Jacob (Genèse 32,23-33)
Jacob son petit-fils est un homme de caractère, c’est lui qui négocie le droit d’aînesse pour un plat de lentilles, lui qui vole par ruse la bénédiction paternelle et s’attire les foudres de son frère, lui qui trompeur est trompé par son oncle et doit se battre pendant 20 ans pour conquérir la femme qu’il aime et trouver sa liberté… A son retour au pays, Jacob doit affronter seul le passage vers la terre promise, la peur l’assaille, son frère va-t-il attenter à sa vie ? Jacob livre un mystérieux combat de nuit contre un homme, un inconnu… Qui est-il ? Dans ce corps à corps, Jacob lutte autant contre ses propres démons et contre Dieu que contre son frère… Osée comprendra que ce combat de Jacob est aussi un combat contre l’ange du Seigneur. Ce combat de Jacob est le premier qui ne dépend plus uniquement de lui-même : il est livré aux mains de Dieu et de son frère, symbole du combat spirituel, où il faut mourir à soi-même pour vivre vraiment… Au loin est représenté l’archange Saint Michel faisant monter vers Dieu l’encens de sa prière, un glaive à la main mais planté à terre, signe de la force maîtrisée. Saint Michel combat pour nous, confiscation de la violence pour l’établissement de la justice et de la réconciliation…
LA MARCHE SUR LES EAUX (Marc 6,45-53)
Jésus a appelé ses premiers disciples : « suis-moi » et laissant tout ils le suivirent… Il a choisi parmi eux les Douze pour être avec lui, compagnons, associés plus étroitement à sa mission. Le moment venu, Jésus les envoie deux par deux, sans pain, ni besace, ni monnaie, avec pouvoir sur les esprits impurs et ils prêchèrent qu’on se repentit, chassant des démons et guérissant des infirmes, comme Lui ! C’est justement au retour de cette 1ère mission, que Jésus multiplie les pains pour les foules affamées et renvoie ses disciples le précéder sur l’autre rive vers Bethsaïde. Parmi les disciples, plusieurs sont pêcheurs, spécialistes de cette mer de Galilée, pourtant ils s’épuisent à ramer car le vent leur est contraire. Cette épreuve physique va révéler une épreuve spirituelle plus vitale encore lorsque Jésus qui avait choisi de rester seul dans la montagne pour prier (arrière-plan), les voyant s’épuiser, les rejoint en marchant sur les eaux. Les disciples croient voir un fantôme, poussent des cris et sont profondément troublés. Voilà que Celui qui dompte les eaux de la mort, Celui-là seul qui peut les sauver, leur fait peur. Au matin de Pâques, définitivement victorieux de la mort, Jésus leur apparaîtra au Cénacle toute portes closes par peur des juifs, et à nouveau les disciples croiront voir un fantôme… Croire qu’en son humanité, en son corps même, Jésus soit victorieux de la mort, croire qu’Il nous rejoint dans notre fragilité mortelle, croire que la puissance de l’Esprit Saint puisse régner en nos corps corruptibles, croire en la résurrection de la chair, voilà l’épreuve de la foi, le combat que les disciples doivent mener.
LES FEMMES AU TOMBEAU (Matthieu 28,1-8)
Il fallait que Jésus aille au foyer spirituel d’Israël, à Jérusalem, au Temple, au milieu des grands prêtres et docteurs de la Loi, il fallait qu’il affronte jusqu’au bout le mystère d’iniquité, le refus de l’homme, son péché et son endurcissement pour retourner cette fatalité en victoire et en joie. Lors de sa passion, tous ont trahi, renié, fui, tous les hommes pécheurs participent mystérieusement à cette mise à mort infâmante, l’Innocent châtié… Après la passion de Jésus et sa mise au tombeau, les femmes ne pensent qu’à honorer un mort, certains disciples fuient tout triste quittant Jérusalem « et nous qui croyions que c’est Lui qui allait apporter la délivrance à Israël… », les apôtres sont enfermés par peur des juifs, l’espérance est morte… L’annonce de la résurrection et les apparitions du ressuscité surgissent à contre-courant, viennent percuter l’impossible avenir, « l’espérance chrétienne est une désespérance surmontée », « pour l’homme impossible, mais pour Dieu rien n’est impossible »… Lorsque l’ange du Seigneur apparait aux femmes venues au tombeau, elles s’apprêtent à oindre son corps, à rendre hommage à un mort. L’ange roule la pierre, s’assoie dessus et leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez.” Voilà ce que j’avais à vous dire. » Alors que les gardes devinrent comme morts, les femmes « vite, quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples ». Le moteur de leur course, l’élan qui les porte, naît de la confiance qu’elles donnent à ces paroles de l’ange, ce que Jésus annonçait au sujet de sa passion et sa résurrection le 3ème jour, a bien eu lieu… Jésus a vaincu la mort, Il porté nos péchés, Il a vraiment pardonné… C’est la foi naissante. Alors peut commencer le bon combat, celui que décrit Saint Paul : « J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi (2 Tm 4,7) ».
LA MONTAGNE DU SEIGNEUR
La foi, la réponse de foi, la confiance accordée à Dieu qui fait signe et appelle, donne une boussole et un but, nous découvrons d’où nous venons, où nous allons : nous sommes sortis de l’amour de Dieu et nous sommes destinés à en vivre pleinement dans la Gloire du ciel, dans l’Eternité de Dieu, dans l’Amour du Père par le Fils dans l’Esprit Saint. La foi fait de nous à nouveau des pèlerins à la suite d’Abraham, elle nous ouvre au grand large, “Duc in altum“. Dieu ne nous donne pas de feuille de route, Il nous invite à vivre la plus belle des aventures, celle de la confiance et de l’amour, celle de l’Alliance avec Lui et entre nous…
Cette aventure est comparée tour à tour à une grande traversée, à une longue marche ou une ascension. L’Atelier Felicita a choisi l’image de la montagne, la montagne du Seigneur, celle où Moïse reçut la théophanie du Sinaï et les tables de la loi qui sont évoquées sur la peinture, celle où Elie a entendu le bruit d’un fin silence, le Dieu plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes, encore plus subtilement évoqué sur la peinture. Cette mystique des hauteurs était chère à Pier Girogio Frassati représenté dans l’ascension d’un sommet immortalisée par une célèbre photo. Chaque sommet ici-bas n’est qu’une étape, le symbole d’une ascension infinie. Aussi majestueuses, aussi monumentales que puissent nous apparaître ces montagnes, elles ne sont qu’un Tabor, un piédestal à la majesté divine qui condescend à venir jusqu’à nous, hier comme aujourd’hui, dans l’abaissement du Très Saint Sacrement, livré à nos regards et à notre foi. Ce sacrement par excellence rend présent le Christ, Fils de Dieu fait homme, qui a livré sa Vie pour nous sauver de la souffrance, du péché et de la mort. C’est de l’eucharistie que nous tirons, notre lumière, notre force et notre joie qui rayonne et transfigure toute notre vie, toutes nos actions… c’est là que Jésus nous accompagne dans notre marathon vers le ciel !
NOTRE DAME DES SPORTIFS PRIEZ POUR NOUS
…….
MERCI
Merci encore à “Holy Games” qui sous l’impulsion de Mgr Philippe Marsset, orchestré par Isabelle de Chatellus, a décidé de poursuivre les intuitions initiées lors des JO de Paris 2024 pour proposer une pastorale du monde du sport. Tout reste à déployer, mais l’élan de cette course est donné : Allez au-devant des spectateurs qui peuvent être des pèlerins qui s’ignorent ou des croyants qui comme chacun de nous doivent persévérer dans l’ascension, se délester du superflu ou se défaire de ses chaînes…
Père Troussel, curé de la paroisse
Bonne course !
In Christo+
………………………………………………………………
Ezechiel * : Prophète de l’ancien testament
Ex-voto* : Un ex-voto est une offrande faite à un Dieu (ou Marie) en demande d’une grâce ou en remerciement d’une grâce obtenue à l’issue d’un vœu, matérialisée par une plaque posée sur les murs dans une église.